jeudi 17 juin 2010

LA VIE est un ROMAN

Pour Béatrice, qui a 14 jours d'avance...

J'ai lu récemment Pierre et Papier, le document où Philippe de Cherisey revendique la fabrication des deux parchemins qui ont pour une bonne part fondé le mythe de Rennes-le-Château (RLC), ainsi le plus complexe des deux, le Grand Parchemin (GP), figurait en couverture du livre signé Gérard de Sède qui a initié l'affaire, Le trésor maudit (dans l'édition poche de 1968).
Je n'ai vu rien de réellement neuf dans ce document, dont je connaissais l'essentiel discuté sur des forums spécialisés, sinon l'adresse de Cherisey dans les années 70 où il a écrit le texte : 10 rue des Célestines, à Liège. Ci-contre manuscrite sur une lettre de la fin des années 60.
Ceci m'a été aussitôt évocateur. Un de mes livres favoris est La Vie mode d'emploi (VME, 1978), dont chaque chapitre peut constituer un petit roman, comme l'indique la catégorisation particulière de l'oeuvre ; le chapitre 89 est essentiellement consacré au contenu d'un livre, La Vie des Soeurs Trévins, édité chez l'auteur, Célestine Durand-Taillefer, rue du Hennin, à Liège. Après avoir présenté quelques extraordinaires exploits de ces quinquamelles, nièces de Mme Trévins, un personnage secondaire de l'immeuble du 11 rue Simon-Crubellier, Perec les renvoie au néant dont il les a tirées, au second degré puisque nous sommes de toute manière dans la fiction : Célestine Durand-Taillefer n'existe pas, pas plus qu'il n'y a de rue du Hennin à Liège, et c'est Mme Trévins qui a écrit le destin de ces nièces imaginaires, qu'elle a proposé sans succès à divers éditeurs, pour finalement se résigner à s'en faire imprimer un exemplaire unique, qu'elle se dédia.
S'il n'y a pas de rue du Hennin à Liège, il y a une rue de la Casquette, qui croise la rue des Célestines où habitait Cherisey, dans le quartier animé du Carré, dans le centre touristique. C'est dans la rue du Pot-d'or à l'autre extrémité de la rue des Célestines que Simenon a imaginé son cabaret du Gai-Moulin.
Perec pouvait connaître cette rue des Célestines sans savoir que Cherisey, pataphysicien comme lui, y habitait, mais il y a d'autres résonances entre ces deux supercheries que les noms Célestine et Liège.

Cherisey a donné dès 1971 le décodage du Grand Parchemin dans une brochure extrêmement confidentielle, Circuit, dont un unique exemplaire a été déposé dans une bibliothèque publique (à Versailles). Sa couverture montre un glaive traversant la France selon le méridien zéro, passant non loin de RLC. S'il n'en est pas question dans Le trésor maudit, la manipulation du "Prieuré de Sion" avait été habilement ourdie, laissant aux lecteurs de Gérard de Sède le soin de découvrir les pistes préparées par les faussaires, dans de faux documents déposés à la Bibliothèque Nationale.
Si Cherisey a pris une bonne part dans l'élaboration de ces documents, Circuit est d'un autre type, trop farfelu pour être pris au sérieux. S'il est fort ardu de démêler les parts respectives du trio Plantard-Cherisey-Sède dans la fabrication du mythe du Prieuré de Sion, du moins semble-t-il assuré que Cherisey seul n'aurait pas été loin, incapable d'écrire un paragraphe sans un calembour énorme. Ainsi son historique du méridien zéro, chapitre 13 de Circuit (ici en anglais), est-elle truffée d'inventions tournant en dérision la Rose Ligne chère au Prieuré, imaginant par exemple le nom de Sainte Roseline associé à un miracle survenu dans les gorges de Belcatel (sur le méridien 0) : deux hommes auraient été près de s'y noyer, mais une rose rouge apparut à Jeanne de Villeneuve, puis une longue corde qui permit de sauver les deux hommes; c'est en souvenir de ce miracle qu'elle entra au couvent sous le nom de Roseline...
C'est évidemment une complète invention, et il se trouve qu'une des soeurs Trévins doublement imaginaire se prénomme Roseline :
Roseline fut la première femme à faire le tour du monde en solitaire à bord de son yacht de onze mètres, le C'est si beau.
Lorsqu'un "exégète castelrennais" découvre une Roseline ou Rosalie dans un livre supposé avoir peu ou prou un rapport avec "l'affaire", il y voit volontiers la confirmation de ses hypothèses, quel que soit un contexte souvent bien moins évocateur que le cas présent.
Cette Roseline a fait le tour du monde, quasi-définition du méridien, et elle a été la première à le faire, définition du méridien d'origine... Au cas où ce ne serait pas un hasard, car cette possibilité n'est jamais à négliger, il est important de savoir que la dénomination de Rose Ligne pour le méridien de Paris semble l'exclusivité du Prieuré de Sion, pour le relier à la lignée du sang, christo-mérovingienne, et au 17 janvier, Ste-Roseline comme St-Sulpice, date clé de l'affaire, figurant dans l'épitaphe de Marie de Nègre point de départ du codage du Grand Parchemin.
Avant 1982, où l'affaire RLC a acquis un statut international avec la parution de L'énigme sacrée, suivie de multiples autres publications à grand tirage (dont Da Vinci Code vendu à près de 100 millions d'exemplaires de par le monde), le dossier est resté entre les mains d'un nombre limité de chercheurs dont les découvertes sont demeurées plutôt confidentielles, le plus souvent éditées à compte d'auteur.
Si je ne suis pas assez passionné par l'affaire pour connaître le détail de ces parutions, je ne pense pas qu'un document facilement accessible ait mentionné la Rose Ligne avant 78, aussi me semble-t-il hautement improbable que Perec ait associé intentionnellement une Roseline à un "tour du monde" sans une connaissance privilégiée du dossier.

Le nom Taillefer de Célestine biographe des soeurs Trévins est encore extraordinaire, mais résultant d'une presque obligatoire coïncidence (presque car une autre possibilité n'est jamais à négliger). Il se trouve que Taillefer est un pseudonyme de Jean-Luc Chaumeil, qui fut un temps secrétaire du Prieuré de Sion, et qui exploite depuis le filon RLC en publiant divers documents, dont Pierre et Papier dans Le Testament du Prieuré de Sion (2006). Voir sur ce forum son message (le 3e en partant du bas) signé Taillefer (parmi de nombreux autres).
C'est d'ailleurs Chaumeil qui à ma connaissance a publié le premier un ouvrage grand public associant la méridienne à RLC, Le trésor du triangle d'or (1979).
Si Chaumeil aurait pu avoir utilisé le pseudo Taillefer dès les années 70, car c'est le nom d'un château près duquel il a grandi (voir cette photo légendée Taillefer à Taillefer), Perec donne dans Le cahier des charges de VME la raison (ou du moins une raison) du choix de ce nom.
On sait que chaque chapitre de VME implique quelque 40 contraintes, ainsi ce chapitre 89 devait contenir une allusion à la musique sérielle. Perec a probablement pensé ici à Germaine Tailleferre, compositrice ayant expérimenté la technique sérielle. Il est amusant que le prénom Germaine ici occulté corresponde à une sainte également associée au 17 janvier, dont la vie (et la mort...) présente des points communs avec Ste Roseline.
Le Cahier des charges montre encore que Perec a songé un temps à résoudre la contrainte sur le peintre HOLBEIN par un genre d'acrostiche sur le nom des soeurs Trévins :
H
OLivia
BEr
INgrid
Il y aurait donc eu un nom de peintre à décoder, or le décodage du Grand Parchemin fait apparaître les noms des peintres POUSSIN et TENIERS.
Les 5 prénoms finalement retenus semblent amener ROMAN :
Roseline
Odile
Marie-Thérèse
Adélaïde
Noëlle
Ceci mettrait Roseline au premier plan...

Cet acrostiche peut rappeler une découverte des chercheurs RLC, qui se sont avisés que les statues et la chaire (dominée par Saint Luc) dans la nef de l'église de RLC, Ste-Marie-Madeleine, pouvaient former un M marial ou magdalénien encadrant Marie-Madeleine selon un acrostiche GRAAL:
A noter que le GRAAL est un ROMAN, parmi les premiers de ce genre conçu au 12e siècle. Les acrostiches débuteraient sur les saintes voisines Germaine et Roseline. Je ne connais pas assez bien le dossier pour savoir quand a été vue cette possibilité.

Il faut savoir encore que la ville de Liège a dans ce chapitre une raison d'apparaître, pour répondre à la contrainte "murs en liège", bien que Perec ait noté "cork" sur la ligne correspondante ("liège" en anglais, et Odile Trévins épouse le richissime Faber McCork); Perec omettait souvent de préciser comment il avait résolu ses contraintes, il doublait fréquemment leur résolution, et ne se privait pas non plus de tricher puisque les occurrences de Liège ou Cork ici n'ont rien à voir avec des murs.
La rue du Hennin à Liège doit son nom à la contrainte "Moyen Age". Si Perec a profité de la contrainte "murs en liège" pour mentionner Liège, il lui suffisait de médiévaliser la rue de la Casquette en Hennin pour mieux cibler la rue des Célestines. "Célestine" ne semble amené par aucune contrainte.
Il n'est pas certain que Perec ait employé le nom Taillefer pour satisfaire à la contrainte "musique sérielle", résolue plus loin par une liste de 12 cabarets où se sont produites les soeurs Trévins, avec en 11e position le Twelve Tones (les 12 tons de la "série") de Newport. Cette surdétermination de 12 peut attirer l'attention des spécialistes du GP (Grand Parchemin) :
- Il est basé sur une rare recension des 11 premiers versets du chapitre 12 de Jean.
- Ces 11 versets sont suivis d'une formule en 12 mots empruntée à l'église de RLC.
- Au sein des 11 versets de Jean 12 sont introduites les 128 lettres codées, en deux séries de 64 lettres séparées par une formule en clair, AD GENESARETH en 12 lettres.

Le récit des vies des soeurs Trévins s'achève sur les mots deux dadas :
(...) Adélaïde, richissime, se consacre au piano et aux handicapés physiques, ses deux dadas.
Ces deux dadas peuvent aussi faire réagir un spécialiste du Grand Parchemin puisque la dernière étape du décodage des deux séries de 64 lettres consiste à les placer sur deux échiquiers et à lire le message selon la "polygraphie du cavalier". Les romans écrits selon la polygraphie du cavalier sont assez rares pour qu'il soit assuré que VME en ait été le premier exemple.
Ci-dessous le premier échiquier de décodage du GP, avec point de départ en f6 selon la notation moderne (6e case de la 6e rangée en partant d'en bas), et le damier 10x10 structurant l'ordre des chapitres de VME; Perec a choisi de commencer son parcours dans la case 6,6 selon sa notation (6e case de la 6e rangée en partant du haut, et l'autre échiquier permettant de décoder le GP est symétrique au premier, avec un point de départ sur la 6e case de la 6e rangée en partant du haut).
Je me demande si les occurrences de chevaux ou cavaliers dans de multiples chapitres de VME, comme ces dadas, ne constitueraient pas une contrainte non signalée. Ainsi le prénom du personnage principal est Percival, et l'une des contraintes littéraires concerne le roman de chevalerie du Graal...
Peut-être faudrait-il renverser l'hypothèse en ce qui concerne la manipulation RLC. Ainsi parce que le Prieuré se voulait une nouvelle chevalerie (Chevalerie d'Institution & Règle Catholique & d'Union Indépendante Traditionaliste, C.I.R.C.U.I.T), la polygraphie du cavalier serait venue en souligner la noblesse... Cherisey avance dans Pierre et Papier une motivation purement égocentrique : parce que son prénom Philippe signifie "qui aime les chevaux" et son nom de scène Amédée "qui aime Dieu", le "Cheval de Dieu" figurant dans le décryptage serait sa signature...
De même la fin de l'énigmatique formule, "A midi pommes bleues", serait une signature d'Amédée. Si Perec ne connaissait pas personnellement Cherisey, du moins est-il assuré qu'il se souvenait en 1975 du comédien Amédée :
21 Je me souviens de
« Grégoire et Amédée
présentent
Grégoire et Amédée
dans
Grégoire et Amédée »
(et de Furax aussi, bien sûr).
Grégoire et Amédée (Dubillard et Cherisey) et Signé Furax (Francis Blanche) furent des fleurons de la radio à la fin des années 50. Cherisey a avancé que Francis Blanche (avec lequel il a joué dans La Jument verte par exemple) lui aurait soufflé l'idée de fabriquer les faux parchemins, allégation difficilement vérifiable.

Y a-t-il d'autres chapitres de VME pouvant évoquer RLC ? Au moins deux, ainsi le chapitre 3 décrit dans la case 6,10 de l'immeuble l'initiation de trois nouveaux adeptes de la secte des Trois Hommes Libres, dite aussi La Vague Blanche, secte créée par 3 hommes en 1960 dont chaque membre forme en 3 ans 3 nouveaux adeptes, ainsi la secte comptait en 1975 où se passe le roman 729 nouveaux membres occupés à former 2187 adeptes. Ces puissances de 3 évoquent la structure pyramidale du prétendu Prieuré de Sion, composé d'un grand chef, l'unique nautonier, puis de 3 sénéchaux, 9 connétables, 27 commandeurs, 81 chevaliers, 243 écuyers, 729 preux responsables de 729 commanderies, 2187 croisés et 6561 novices... Il est pour le moins curieux que cette structure soit révélée au grand public dans L'énigme sacrée en 1982, l'année suivant 1981 où 6561 novices des Trois Hommes Libres débutaient l'initiation de 19683 nouveaux élèves...
Ce chapitre 3 de VME s'achève sur une autre étrangeté : la description de ce qui se passe dans la 3e pièce du 3e droite est suivie de sa totale négation, ce qui semble avoir jusqu'à présent dérouté les exégètes,
Il n'y a personne au troisième droite.
Il n'y avait en fait pas grand monde non plus au Prieuré de Sion.

J'avais depuis longtemps repéré cette correspondance entre les Trois Hommes Libres et le Prieuré, sans estimer qu'elle méritait mieux qu'une éventuelle note en bas de page, mais voici que l'affaire "Célestine-Liège" pouvant évoquer Cherisey relance la question.
Un intérêt des multiples contraintes de VME est que leur brassage savant (par permutation selon la pseudo-dizine des rangées et colonnes du bicarré latin...) fait que deux chapitres quelconques ont obligatoirement plusieurs contraintes en commun, ce qui contribue à "faire prendre la sauce", selon l'expression de Perec, en tissant des liens entre les chapitres.
Copyright © 2010 Erika PalL'une des contraintes communes aux chapitres 3 et 89 est "Baucis", évoquée dans le chapitre 89 par le nom du yacht avec lequel Roseline a fait son tour du monde, le C'est si beau, renversement syllabique de Bau-Ci-Sse...
Au chapitre 3, l'un des apprentis Hommes Libres est supposé méditer pendant 6 heures sur la formule
Quelle est la menthe devenue tilleul ?
Il s'agit de penser aux amants Philémon et Baucis métamorphosés en un chêne et un tilleul, mais un adepte de la secte Plantard-Cherisey-Sède, initié par le second, ne peut ignorer que "tilleul" est un mot-clé dans Circuit, où Cherisey assure notamment que l'avenue Unter den Linden ("Sous les Tilleuls") serait l'équivalent germanique du Méridien de Paris.
Ceci pourrait apporter un nouvel éclairage au tour du monde de Roseline et du C'est si beau-Baucis-tilleul...

Il y a encore le chapitre 22, histoire d'une formidable escroquerie à la fin du 19e siècle, où un faussaire extorque $1,000,000 à un ancêtre de Percival Bartlebooth contre un prétendu Vase du Graal. Il avait volé ce vase, antique mais quelconque, au musée d'Utrecht le 4 août 1891, puis avait forgé une profusion de faux documents dont l'ensemble accréditait sans nul doute qu'il s'agissait de l'authentique vase ayant recueilli le sang du Christ...
Or l'année 1891 est au premier plan de la Belle Histoire de RLC, basée sur une note du journal de Bérenger Saunière au 21 septembre 1891 : découverte d'un tombeau.
De là à en déduire qu'il avait découvert les fameux parchemins dans le pilier wisigoth sculpté du maître-autel, que leur décodage l'a conduit à un tombeau fabuleux, qu'il en a remercié le ciel en dressant le pilier (à l'envers, et amputé de la partie évidée correspondant à la cache) à l'entrée de son église, agrémenté des inscriptions "Pénitence ! Pénitence !" et "Mission 1891", il n'y a que quelques pas franchis allègrement et repris si fréquemment qu'il s'agit pour beaucoup d'une certitude avérée.
Curieusement, ce pilier wisigoth a des points communs avec un pilier carolingien, conservé au musée de Narbonne, qui montre deux colombes portant la coupe du Graal à l'emplacement correspondant à Mission 1891...
Rappelons que le renversement de 1891 donne 1681, date pouvant correspondre au MDCOLXXXI donné dans l'épitaphe de la marquise de Blanchefort, et que NOIS, soit SION renversé, figure sur le Grand Parchemin, pour montrer l'habileté des manipulateurs dans l'exploitation de réels détails curieux (il est vrai parfois fort troublants, mais c'est la manipulation qui a souligné ces détails).

Je croyais en avoir fini avec les échos VME-RLC, or voici que la chère dp, à qui j'avais parlé du pseudo Taillefer de Chaumeil, à cause des ruines de Taillefer sur la commune de Carennac, me signale qu'elle a visité Carennac, et sa présence dans VME, chapitre 60 :
Qui saurait désormais que François Albergati Capacelli était un dramaturge italien né à Bologne en 1728, et que c'est au maître fondeur Rondeau (1493-1543) que l'on devait la porte de bronze de la chapelle obituaire de Carennac ?
Si Wikipédia connaît encore Capacelli, personne n'a trouvé trace du fondeur Rondeau, et le perecologue Bertelli voit dans ses dates et son bronze un autre 11-43 (voir mon précédent billet). Mieux, le cas est disséqué dans cette étude complète où Bertelli voit dans les mots de Perec une récriture d'un passage des 11000 verges d'Apollinaire, et dans Carennac les lettres de "crâne"...
Si VME est un livre abyssal, Copyright © 2002 Phil Marlinoù Perec a mêlé toute sa malice à sa formidable érudition, toutes les communes françaises de plus de 370 âmes n'y figurent certes pas, et je suis effaré d'y trouver Carennac, où habite toujours Chaumeil dans le manoir familial, ci-contre. Phil Marlin donne ici un compte-rendu de sa visite à ce survivant du Prieuré de Sion, qui anime aussi une galerie d'art, nomméeCopyright © 2002 Phil Marlin L'Atelier du Prieuré, car il y a aussi un prieuré à Carennac(-le-Château ?), et voici le peintre Taillefer en personne à l'oeuvre dans son atelier.

Je comptais mentionner quelques coïncidences annexes, mais ce sera pour une autre fois.

Les sites "sérieux" sur RLC sont rares, parce que l'affaire fascine essentiellement les amateurs de sensationnel, néanmoins cette étude (en anglais) du Grand Parchemin par le chercheur italien Mariano Tomatis me semble exemplaire.
Christian Attard démontre sur son site que l'épitaphe de la stèle est tout à fait conforme au registre des décès, mais que le croquis qui en a été reproduit en 1905, la seule source connue, est erroné, dans le relevé des lettres comme dans la forme, en conséquence le prétendu décodage de cette stèle repose sur quelque chose qui n'a aucune réalité.
Je rappelle que, pour démontrer que la seule étape problématique de la confection du Grand Parchemin, l'anagramme de l'épitaphe, n'était pas si difficultueuse, j'en ai composé aisément 3 anagrammes, exploitées dans cette nouvelle.
J'ai donné quelques références sur Cherisey dans mon avant-dernier billet.

J'ai déjà envisagé des échos entre RLC et des oeuvres de Perec, ici où je commentais la présence de Et in arcadia ego dans un palindrome de 1970, et là où je notais la présence de la séquence RAZES dans le dernier vers d'Alphabets.
Enfin j'ai soulevé ici la question de l'intervention du pataphysicien et oulipien Caradec dans l'élaboration du canular RLC, étonné de ses allusions dans son roman posthume. La seule hypothèse raisonnable que je puisse tirer de tous ces échos est que certains oulipiens ou pataphysiciens ont été informés du canular, sous le sceau d'une confidentialité parfois transgressée par de secrètes allusions.

mercredi 26 mai 2010

Un disparu au 4311

Le 11 février 08 je débutai le billet 11-43, initié par la diffusion sur TF1, à cheval sur les 10 et 11 février, de Paycheck, film de John Woo inspiré d'une nouvelle de PK Dick. On y voyait un taxi 01143 véhiculant Ben Affleck, qui interprète un ingénieur dont les souvenirs des trois dernières années ont été effacés.Mémoire, disparition, mots-clés de l'univers de Perec, dont l'oeuvre est soupçonnée d'être organisée autour de repères autobiographiques, comme 11/43, témoignant de la déportation de sa mère à Auschwitz le 11 février 1943.Ce n'est ainsi pas par hasard si, dans cette adaptation BD par William Henne de La disparition de Perek de Hervé Le Tellier, le code permettant d'ouvrir une mallette est 1143. Ce code était différent dans le roman, qui soit dit en passant n'est pas ce que je préfère de Le Tellier, et Henne m'a confirmé avoir opéré cette modification en référence aux écrits de Bernard Magné sur le "11/43".

Le cas de Capricorn One est quelque peu différent, car Perec a probablement vu ce film de Peter Hyams, sorti en France le 26 juillet 1978 (103e anniversaire de Jung pour un lien avec Quaternité), dont le thème avait tout pour le séduire.
L'Amérique se passionne pour la première expédition sur Mars, sans soupçonner qu'il s'agit d'une colossale supercherie, filmée dans un camp militaire secret. Un technicien de la NASA, Elliott Whitter, repère cependant des anomalies, et ne se contente pas des affirmations de ses supérieurs qui les attribuent à la console 36 défectueuse. Il en fait part à son ami le journaliste Caulfield, mais lorsque celui-ci vient à son domicile du 4311 Claridge il y a une autre occupante dans son appartement, qui y vit depuis des années et qui n'a jamais entendu parler d'un Whitter, un nom qui ressemble à white, "blanc", ce qui est immédiatement significatif pour les lecteurs de La Disparition, où le grand Disparu est l'E, dont la blancheur rimbaldienne est abondamment soulignée tout au long du roman.
La NASA ne connaît plus non plus Whitter, disparu pour tous.
L'occupante des lieux montre à Caulfield son courrier, adressé à Alva Leacock, 4311 Claridge ; alvo-alva signifie "blanc-blanche" en portugais.
Alva signifie encore "aube" dans divers dialectes (alba en espagnol où b et v se prononcent à l'identique). Les premières images du film montrent un lever de soleil sur la base de lancement, dont les couleurs peuvent éventuellement sembler curieuses, à juste titre car il s'agit d'un coucher de soleil vu à rebours, l'équivalent d'un palindrome cinématographique, ce qui est éminemment perecquien.

Rejeté de tous, viré de son emploi, traqué par les responsables du complot, Caulfield n'est plus soutenu que par son amie Judy Drinkwater, jouée par Karen BLACK. Il lui a demandé une liste des bases militaires proches de Houston. La plus proche est WHITE Bluff, un nom tout à fait significatif, "falaise blanche" mais aussi "bluff blanc" (aucune base réelle ne porte ce nom). Mais c'est dans la base désaffectée de Jackson que les comploteurs ont sequestré les astronautes et construit les décors de Mars.
Le nom de jeune fille de Karen Black était Karen Blanche Ziegler, elle a conservé ensuite comme nom d'actrice celui de son premier mari Charles Black.
Le rôle le plus célèbre de Karen Black est celui du dernier film d'Hitchcock, Complot de famille (1976), où elle jouait la méchante Fran opposée à la gentille Blanche (Blanche Tyler interprétée par Barbara Harris).

L'autre aide indispensable apportée à Caulfield est celle du truculent Albain, alias Telly Savalas, pilote d'un biplan pour traiter les champs, ce qui rappelle un autre Hitchcock (North by Northwest). Tiens, le taxi 01143 de Paycheck était de la compagnie Northwest, qui existe réellement à Vancouver où a été tourné le film.
Albin est un personnage essentiel de La Disparition, brigand albanais amoureux d'une star d'Hollywood, à l'origine de la malédiction, de la maldiction plutôt, frappant les personnages disparaissant les uns après les autres.

L'un des faux astronautes est OJ Simpson, qui a eu le destin qu'on connaît. Un détail dans l'affaire d'assassinat pour laquelle il a été blanchi au pénal et déclaré coupable au civil est une photographie falsifiée publiée en une de Time où sa peau avait été noircie.

Si l'équipe de Capricorn One ne pouvait en principe prévoir ce dernier détail, il y a probablement une part d'intentionnalité dans les jeux noir/blanc, en anglais black/white souvent rimé par les poètes avec wrong/right, "faux/juste".
Un autre jeu intentionnel apparaît dans les noms du technicien disparu, Elliott Whitter, et de son ami journaliste, Robert Caulfield, respectivement interprétés par Robert Walden et Elliott Gould. Le chiasme était d'autant plus sensible pour le public américain de 1978 que Robert Walden était alors connu pour son rôle de journaliste dans la série Lou Grant, débutée en 1977.
Note du 26/09/10 : Curieusement Brian de Palma tournera l'an suivant Pulsions, dont le personnage principal est le psy Robert Elliott (Michael Caine), atteint d'un dédoublement de personnalité.
Ce jeu sur Elliott, et Alva qui lui est substituée, a quelques échos pour un perecquien obsessionnel. Au chapitre 40 de La Vie mode d'emploi, il est question du naufrage du pétrolier Silver Glen of Alva au large de la Terre de Feu, ce qui semble lié au naufrage du Sylvandre dans W ou le souvenir d'enfance. Dans le même chapitre Harvey Elliott est un pseudonyme que l'historien Arnold Flexner utilise pour écrire des polars licencieux.
Ces noms sont liés, car Silver Glen et Alva sont des toponymes empruntés à Conversions de Harry Mathews, où un personnage se nomme Harvey Elliott. Conversions est l'un des dix textes fournissant des allusions dans 10 chapitres désignés par le système de contraintes imaginé par Perec, mais le chapitre 40 n'était pas désigné par ce dispositif...
Je me bornerai à remarquer qu'il existe un lien particulier entre le Sylvandre, originellement emprunté à un autre bateau naufragé dans Impressions d'Afrique (au chapitre 11 !), et Harry Mathews, autre amateur de Raymond Roussel qui a baptisé sa résidence du Vercors Le Sylvandre. Perec voulant évoquer un naufrage significatif pour lui aurait pu désirer adresser un clin d'oeil à son ami Harry, avec Sylvandre devenant Silver Glen of Alva. Peut-être a-t-il été conscient de la double connotation de blancheur (silver = "argent", alva = "blanche") propre à ce nom, mais Perec ne pouvait alors connaître Robert Walden alias Elliott Whitter, ce double W disparu du 4311 (Wald = "forêt" en allemand, sylva/silva en latin), le film étant sorti alors que La Vie mode d'emploi, paru en septembre 78, était au stade des ultimes corrections.

A propos de conversions, une curiosité est que le calibre .45 (pouces) des plus grosses armes de poing se convertit en 11,43 (millimètres).
Depuis 2002, 75,00 F sont devenus 11,43 euros, et au moins un livre de Perec est actuellement vendu à ce prix.
Alva est un mot plutôt rare, et le retrouver associé chez Perec à "Elliott" est donc une stupéfiante coïncidence, même si cette association n'a rien d'immédiat pour un lecteur lambda. Pour dissiper tout doute quant à l'apparition chez Perec d'un Elliott, nom plus commun, 4 des 5 pseudonymes de Flexner sont empruntés à Conversions, Rowlands, Jinemewicz, Loudon et Elliott.
Cette récurrence onomastique me rappelle une autre oeuvre parue en 1978 en France, L'Adversaire d'Ellery Queen, et j'étudiais ici les formidables échos de cette intrigue montrant un certain W éliminant sans motif apparent 4 cousins millionnaires, le dernier étant Percival, sur fond de puzzle et de jeu d'échecs, avec l'histoire principale de La Vie mode d'emploi, la vengeance de Winckler à l'encontre de Percival Bartlebooth, signée par un W final. Le premier des 4 cousins se nommait Robert.

Une dernière coïncidence relie les deux images qui m'ont interpellé en regardant Paycheck et Capricorn One, Ben Affleck alias Michael Jennings sortant du taxi 01143 et Elliott Gould alias Robert Caulfield s'arrêtant devant un immeuble 4311.
Caulfield doit probablement quelque chose au héros Holden Caulfield de L'Attrape-cœurs, le livre culte de JD Salinger (qu'il faudra peut-être que je lise un jour). Toujours est-il que Wikipédia m'apprend :
Dans les films de Kevin Smith, Méprise multiple et Jay & Bob contre-attaquent, deux personnages se prénomment Holden McNeil (Ben Affleck) et Banky Edwards (Jason Lee). Les noms sont des références à Holden Caulfield et Ed Banky, deux personnages de L'Attrape-cœurs.

jeudi 4 mars 2010

UN PLI recommandé

Plusieurs chercheurs ont relié l'oeuvre de Maurice Leblanc à l'affaire de Rennes-le-Château (RLC). S'il n'a pas été le premier, Patrick Ferté donne en 1992 dans son Arsène Lupin Supérieur Inconnu une profusion d'échos propre à interroger ceux qui, comme moi, ont le plus grand mal à prendre l'affaire au sérieux.
Les récents approfondissements contés ici m'ont conduit à une hypothèse : et si les coïncidences entre l'oeuvre de Leblanc et l'affaire RLC ne témoignaient pas de la transmission par Leblanc d'un quelconque savoir ésotérique, mais plutôt d'une influence essentielle de son oeuvre sur les manipulateurs à l'origine de la mystification ?
A noter illico qu'il ne s'agit que d'imaginer une influence prépondérante, car il a été récemment démontré que la photo de la "Borne ALCOR" près de RLC, une des "preuves" de l'affaire, était un document trafiqué et que la pierre originale, retrouvée (voir ici, temps 44'), n'avait jamais porté l'expression Ad lapidem currebat olim regina, imaginée par Leblanc dans La Comtesse de Cagliostro (mais les faussaires avaient laissé à leurs victimes le soin de cette identification).
Si RLC a focalisé l'attention, le trio des manipulateurs, Cherisey-Plantard-Sède, l'intégrait à un "triangle d'or" Gisors-Stenay-RLC, qui correspondrait avec une parfaite adéquation aux trois romans de guerre de Leblanc. Trois ouvrages en apparence indépendants parurent sur ces lieux, sous la seule signature de Gérard de Sède, mais dont le trio se partageait les droits d'auteur.
Ce fut d'abord Les templiers sont parmi nous (1963), révélant la présence dans une salle souterraine de Gisors de 30 coffres... L'affaire aujourd'hui oubliée fit tant de bruit à l'époque que Malraux organisa une campagne de fouilles. Ces 30 coffres rappellent la salle souterraine de L'île aux 30 cercueils (1919), dont le plafond est soutenu par 30 pierres dressées correspondant à 30 menhirs en surface. Il y a un Prieuré dans cette île SIllONnée d'un réseau de communications souterraines, évoquant le Prieuré de Sion, et ce Prieuré est habité par un Antoine, fêté le 17 janvier...
En 1971 paraît La race fabuleuse, agitant diverses idées autour de la dynastie mérovingienne et de Stenay, ville royale choisie par Dagobert II. Divers indices permettent d'identifier la ville imaginaire de Corvigny, dans L'éclat d'obus (1915), à Stenay.
Entre les deux fut publié L'or de Rennes (1967), or le roman intermédiaire de Leblanc, Le triangle d'or (1917), décrit la quête d'une fortune en or dans la propriété du nommé Essarès, rue RAYNouard, que les lupinologues tel Ferté identifient à Rennes dans le Razès...

Je ne vais pas tenter de démontrer plus avant cette hypothèse, d'une part parce que je ne connais pas assez bien l'ensemble de la "mythologie plantardienne", esquissée dans ces livres signés de Sède et développée ailleurs, et que je n'ai guère envie de l'étudier plus avant, étant tout à fait convaincu qu'il s'agit d'une totale mascarade, d'autre part parce que je sais que, quels que soient les arguments avancés, il subsistera toujours des failles, par lesquelles ne manqueront pas de s'engouffrer ceux qui veulent à tout prix croire à une énigme fabuleuse dans le Razès, ainsi la publication 20 ans après la mort de Cherisey, conformément à ses voeux, de Pierre et Papier dans lequel il avouait avoir fabriqué les principaux documents en cause, n'a pas suffi et les partisans de l'authenticité du message "à midi pommes bleues" ont mis à profit quelques contradictions de Cherisey pour réfuter ses allégations et par là même conforter leur position...

Or nous verrons que Cherisey n'est pas du tout quelqu'un dont on peut attendre un discours raisonnable. Par ailleurs les contradictions et les coïncidences les plus étranges semblent inhérentes à tout dossier, dès qu'on tente de l'approfondir sans oeillères. J'écris ceci non en rationaliste borné, acharné à extirper toute trace de merveilleux, mais parce qu'il me semble que le merveilleux réside précisément dans ces coïncidences, que je m'afflige de voir détournées de leur enseignement éventuel pour des histoires plutôt puériles de trésors cachés.
Mon précédent billet étudiait précisément de formidables coïncidences liées à RLC, mais avec une implication personnelle telle que nul n'était tenu d'en accepter l'intégralité. Ce qui suit est par contre une coïncidence absolue, probablement totalement inédite, et je dois de l'avoir repérée à la fantaisie de Cherisey.
Je demande un peu de patience avant d'y arriver.

Ce site donne les cinq premiers chapitres de Circuit, où Cherisey contait en 1971 l'itinéraire farfelu des jeunes Charlot et Marie-Madeleine vers Rennes-le-Château. Plantard et Sède y apparaissent sous les noms Valérien et Matras, tandis que Cherisey s'y met en scène sous le nom d'Amédée, son nom d'acteur, notamment dans le duo radiophonique Grégoire et Amédée qui le rendit célèbre, enchantant les amateurs de nonsense sur Paris-Inter jusqu'en 1960.
Circuit débute sur une interview d'Amédée par Matras, qui lui demande comment il a connu Roland Dubillard :
AMEDEE – C’est toute une histoire qui remonte à l’inénarrable tandem « Grégoire et Amédée » où il était Grégoire et moi l’autre.
MATRAS – On ne vous entend plus à la radio.
AMEDEE – En effet, au moment ou la R.T.F. colonisa son carton à chapeaux du quai de Passy, se réduisit aux décimales O.R.T.F. et rabattit le couvercle sur sa tête, Grégoire et Amédée durent se séparer pour des raisons de sécurité : quelqu’un, tirant sur la virgule formant clapet, aurait pu nous réduire au niveau du commun où il n’est point d’inénarrable qui tienne.
MATRAS – Y a-t-il un rapport entre Grégoire et ce fameux abbé du même nom qui en 1792 réclama la liberté du culte pour les habitants du Mont Blanc et dont Victor Hugo déclara qu’il venait au sénat pour garnir un banc vide ?
AMEDEE – Peut-être bien, mais il faut vous dire que le duo Grégoire et Amédée est emprunté au « Triangle d’or », une aventure d’Arsène Lupin. Grégoire a l’air d’une femme déguisée en homme jusqu’au moment où l’on reconnait en lui un homme. Amédée pour sa part est un concierge bavard.
Et bien, figurez-vous que tous deux meurent assassinés pas tellement loin du quai de Passy où est l’O.R.T.F.
On peut les voir en deuil d’eux-mêmes sur la couverture de l’édition populaire publiée en 1968 (...)

Cette édition populaire de 1968 est celle du Livre de Poche, qui a publié de 1962 à 1973 une quasi-intégrale Lupin avec une maquette commune, dont la principale caractéristique était l'étrange figure de deux hommes imbriqués l'un dans l'autre, un personnage typique de la Belle Epoque et Lupin, figure présente sur les 3 couvertures données plus haut.
Elle n'a évidemment rien à voir avec les Grégoire et Amédée du roman. S'ils sont effectivement assassinés, dans le quartier de la future Maison de la Radio, ce sont deux personnages subalternes qui ne se connaissent pas. Par ailleurs Cherisey avait adopté le nom de scène Amédée dès 1949, bien avant de former en 1956 le duo avec Dubillard.
Si ceci n'est pas suffisant pour lui contester de s'être inspiré du concierge Amédée Vacherot, l'ensemble de ses déclarations ne semble guère fiable, ainsi Grégoire a bien l’air d’une femme déguisée en homme, et pour cause puisqu'il s'agit de Mme Mosgranem, maîtresse occasionnelle d'Essarès.
Note du 12/4/10 : l'indispensable dp m'a fait connaître Anacharsis à l'exposition, une curieuse oeuvre de Cherisey de 1958, signée Amédée. Le second volume s'achève sur un survol des Amédée dans la littérature, et il n'y est aucunement question du Triangle d'or.
Enfin la question de savoir si Dubillard et Cherisey ont emprunté leurs pseudos au Triangle d'or reste secondaire, surtout parce qu'indécidable, et c'est la suite des déclarations d'Amédée qui débouche sur quelque chose d'extraordinaire :
(...) On peut les voir en deuil d’eux-mêmes sur la couverture de l’édition populaire publiée en 1968, ayant à côté d’eux le méridien 0 sur la carte de France. « Le Triangle d’or » est un bon roman traitant du sacrifice d’un nègre à la Croix-Rouge en 1917. (...)
L’allusion au méridien 0 n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Valérien avait insisté auprès d’Amédée pour qu’il la fasse et auprès de Matras pour qu’il lui fasse passer un examen. Sujet pas mal austère que cette ligne imaginaire dont on sait qu’elle est jalonnée par l’observatoire de Paris. Amédée pense s’en tirer par cette anecdote. (...)

Assez étrangement, la figure des deux personnages apparaît sur une carte d'époque, du nord-ouest de la France, alors que le roman se passe presque entièrement à Paris. Si Lupin et Belval suivent une péniche jusqu'à Mantes et Bonnières, ces lieux ne sont pas sur la carte, qui ne montre même pas la totalité du seul triangle lupinien connu, le triangle cauchois, entre Dieppe, Rouen et Le Havre.
S'il y a bien une ligne verticale traversant la carte, un examen attentif (cliquer pour agrandir) permet de voir que ce n'est nullement un méridien mais UN PLI de la carte (il n'y a pas d'autre méridien ou parallèle, et on distingue de nettes distorsions pour tout ce qui croise ce pli, notamment au haut de la carte dont les côtés forment un net angle).
Par ailleurs ce pli ne peut être confondu avec le méridien 0, que Cherisey est tout de même fondé à connaître puisque c'est le "fil rouge" de Circuit, sur la couverture duquel il figure et dont une première version était intitulée Le Méridien Zéro, mais la première curiosité est que le pli se trouve coïncider presque exactement avec le méridien 1 Ouest, par rapport au méridien 0 de Paris.
On peut le vérifier sur cette carte de 1928, Michelin 98-E.R., où apparaissent les méridiens 0, 1 et 2 Ouest.
Il est à peine possible, à cette échelle (cliquer pour agrandir), de différencier le pli (de la carte en couverture du Triangle d'or) du méridien 1. Au mieux je constate que le pli passe juste à gauche du cercle figurant Eu tandis que le méridien passe juste à droite, mais plus bas le pli comme le méridien passent juste à droite des Andelys (car sur cette carte seul le méridien 0 est une ligne droite, mais la projection cartographique semble une question fort complexe, que je n'ai guère envie d'approfondir.)
A noter que bien que le méridien de Greenwich ait été adopté comme référence internationale en 1884, le méridien de Paris est toujours utilisé 44 ans plus tard (et je n'ai pas choisi cette carte par hasard en ma possession).

Je peux maintenant aborder la curiosité majeure : à partir du bas, le pli traverse trois lettres des inscriptions de la couverture, le u de Maurice (grossi deux fois ci-contre), le n de triangle, et enfin le I de LUPIN (anagramme de UN PLI), soit "un" et "I", ce qui serait amusant pour le méridien "un" ou "I". Le pli traverse encore les chevilles de Lupin...
Si ce pli n'est pas le méridien 1, du moins s'y superpose-t-il si exactement que le méridien réel "un" ou "I" traverserait pareillement ces lettres "un" et "I".
Au chapitre XIII de Circuit, Cherisey cite une série de lieux traversés par le méridien 0, commentés selon sa fantaisie usuelle.

Cette coïncidence présente un autre aspect, lequel pourrait éventuellement être intentionnel, mais je n'y crois guère.
Il faut savoir que l'oeuvre de Leblanc a connu une certaine désaffection après sa mort, ainsi ses romans n'ont été réédités après la guerre que dans des éditions pour collectionneurs, et la parution de l'intégrale en Livre de Poche a été un pari hardi, réussi puisque la plupart des volumes sont régulièrement réédités, sous de nouvelles couvertures.
La parution du Triangle d'or en 1968 a donc permis de découvrir ce roman méconnu, dont un prétendu lupinologue averti assurait la médiocrité en 1955 dans Bizarre n°11. Je partage pour ma part le jugement de Cherisey, bien que son résumé lapidaire "le sacrifice d’un nègre à la Croix-Rouge en 1917" soit pour le moins réducteur, sinon totalement trompeur.

Le Livre de Poche est souvent abrégé par les initiales LP (par exemple dans le Code prix qui figurait un temps sur chaque volume), or Lupin apparaît dans le 14e chapitre du Triangle d'or, Un étrange individu, où on n'apprend d'abord que ses initiales, L.P. :
Il l’examina. Mince, les épaules larges, le teint mat, une fine moustache aux lèvres, quelques cheveux gris aux tempes, l’inconnu semblait avoir tout au plus une cinquantaine d’années. La coupe de ses vêtements indiquait un grand souci d’élégance. Il lut aussi les initiales qui ornaient la coiffe d’un chapeau posé sur l’herbe : L. P.
On apprendra ensuite que l'étrange individu est don Luis Perenna (anagramme d'Arsène Lupin), identité conservée par Lupin dans plusieurs aventures ultérieures.
Ainsi pour cette première édition de ce LUPIN en LP, la carte en couverture montre UN PLI traversant les quatre éléments superposés à cette carte, les lettres INU des inscriptions présentes, et Les Pieds de LP...

En cherchant d'autres éditions du Triangle d'or, j'ai trouvé cette image représentant la couverture complète de la première édition en... LP, donc, où il apparaît que la carte se poursuit sur le dos et la 4e de couverture. Comme on n'y voit pas d'autre pli, je suppose qu'il s'agit du seul pli vertical d'une carte de la moitié nord de la France (comme ma carte 98-E.R.), et de fait le méridien 0 n'a d'autre justification que de passer par Paris, tandis que la ligne verticale à mi-chemin entre les longitudes extrêmes de notre territoire est proche du méridien 1.

A propos du jeu UN PLI, il me revient que le physicien David Bohm a forgé les concepts d'ordre implié et d'ordre explié pour décrire l'univers vu comme un hologramme. Sans entrer dans le détail, la couverture du Triangle d'or correspondrait bien à un ordre UNPLIé, et ne pas avoir respecté la confidentialité de ce pli pourrait bien me valoir une EXPLIation éternelle.

lundi 1 février 2010

17 janvier - 16 avril

01/02/2010, date palindrome !
Et c'est aussi l'occasion de revenir sur un schéma en rapport avec le palindrome, dans ma nouvelle L'enchanté réseau, publiée dans Rêves de Razès.
Sans le calculer, j'y avais placé l'arrivée de mon abbé Enée-Ursin Bargère à Caenne-le-Resthau, soit Bérenger Saunière à Rennes-le-Château, l'illustration telle qu'elle figure dans le livre, réalisée avec peu de soin (mais le rectangle est ici à la section d'or exacte de la période couverte par ma nouvelle, de sa naissance le 16 avril 1855 à sa fantastique découverte du 16 avril 1908, son 53e anniversaire qui était cette année-là le Jeudi saint.
C'est cette date qui avait inspiré ma nouvelle, date issue d'une erreur curieuse dans L'aiguille creuse, qui m'avait conduit à imaginer un schéma fantasmatique :
0-1378 : 13 périodes de 106 ans
1378-1484 : les 106 ans de la prétendue vie de Christian Rosencreutz, fondateur de la Rose+Croix selon les premiers manifestes de la confrérie
1484-1908 : 4 périodes de 106 ans
Soit un motif 13-1-4 que j'associais ici à la 14e lettre d'Elisabeth Lovendale, perdue parmi 18, ou à la 14e pièce des 18 de l'Art de la Fugue, dont une partie a été perdue. Comme par ailleurs le Jeudi saint est un jour essentiel rosicrucien, j'ai donc imaginé le 16 avril 1908 avoir été une date essentielle rosicrucienne. Si pour ma part je suis convaincu que toute l'affaire des Rose+Croix était au départ un canular, les courants qui se sont réclamés ensuite du rosicrucisme ne semblent pas avoir prêté attention au schématisme des 106 ans de Rosencreutz dans l'ère chrétienne. La Rose+Croix AMORC privilégie plutôt un cycle de 108 ans, que Gérard de Sède a relié dans Signé Rose+Croix à la découverte par Saunière de la tombe Blanchefort en 1891 (bien que ce soit 110 ans après la mort alléguée de la marquise en 1781).
Bref j'ai donc choisi de faire découvrir ma tombe rosicrucienne par mon abbé le 16 avril 1908, le jour de ses 53 ans, moitié de 106 correspondant mieux à Saunière qui a eu 56 ans le 1er juin 1908. Comme d'aucuns jugent significatifs ses 33 ans à son arrivée en 1885 à RLC, âge christique, j'ai conservé cet âge symbolique en faisant arriver en 1888 à CLR Bargère, né le 16 avril 1855, et j'ai choisi le 17 janvier pour son rôle primordial dans la mythologie castelrennaise, connu de tous ceux qui s'y intéressent. La date apparaît dès L'or de Rennes en 1967, soulignée par quelques coïncidences trafiquées par l'équipe Plantard, probablement pour attirer l'attention vers la Saint-Sulpice et l'église parisienne traversée par le méridien de Paris.
Voilà. Je certifie avoir choisi ces dates d'emblée, pour les raisons exposées. Au cours de l'écriture de la nouvelle, je me suis avisé que 33 ans représentait grosso modo la section d'or de 53 ans, et j'ai eu la curiosité d'affiner le calcul en jours, pour découvrir donc que la section d'or des jours correspondant à ces 53 ans tombait exactement le 17 janvier 1888.
J'ai pu inclure ce merveilleux résultat dans la nouvelle, où j'avais déjà décidé d'utiliser le nombre d'or, pour le format de la stèle de Rexadon, parce qu'en imitant la stèle de Blanchefort j'ai remarqué que celle-ci était à peu près au format d'or.
Toujours est-il que, aujourd'hui, j'ai repensé à ce résultat et que j'ai songé à le vérifier sur cette page permettant les calculs en jours juliens. Il suffit d'y noter 16 4 1855 12 0 0 pour apprendre que c'est le 2398690e jour julien, situé 19358 jours avant le 16 avril 1908. La section d'or 19358/Phi est 11963.9, qu'on arrondit à 11964 et ajoute à 2398690 dans la case voulue. Le calcul inverse donne bien le 17 1 1888.
La simplicité des manipulations m'a conduit à poursuivre la série d'or, ajoutant 11964 jours après le 16 4 1908, ce qui mène au 17 janvier 1941, et y ajouter 19358 mène au 17 janvier 1994, décidément mon choix de 53 ans au Jeudi saint 1908 était éminemment générateur en 17 janvier tous azimuts, que ce soit à la section d'or de ces 53 ans, ou aux dates dont ces 53 ans seraient la grande ou la petite section d'or.
Ceci n'a d'ailleurs rien d'extraordinaire, la logique de la progression d'or voulant que, à partir du choix initial d'un temps de 53 ans, dont la section d'or s'est trouvée être un 17 janvier, le point d'or suivant se trouve 53 ans après ce 17 janvier, et le suivant 106 ans plus tard. Toutefois il s'agit d'un calcul en jours, et les bizarreries du calendrier font que 53 ans correspondent selon les cas à 19357, 58 ou 59 jours. Si par exemple l'année 1900 avait été bissextile, la période aurait compté un jour de plus et sa section d'or serait tombée le 18 janvier 1888.

Le 17 janvier, c'est d'abord la date portée par la stèle de la marquise de Blanchefort, qui serait décédée le 17 janvier 1781, et mon anagramme du texte de cette stèle m'a fait transformer la date en Jeudi saint 1696.
La fin du message décodé du Grand Parchemin, "à midi pommes bleues", a donné lieu à une découverte volontiers présentée comme exceptionnelle : le 17 janvier à midi, les rayons du soleil passant à travers un vitrail installé par Saunière dessinent des pommes bleues en un endroit privilégié de l'église de Rennes-le-Château.
Si un phénomène lumineux peut effectivement y être observé le 17 janvier, et photographié (ici par J. Brunelin, d'autres photos ici), il n'est ni limité à cette seule église, ni à cette date, et les ronds sont multicolores, sans dominante bleue.
Depuis l'écriture de ma nouvelle, je me suis laissé tenter par Les archives secrètes du Prieuré de Sion, bradé en solderies, recueil de courts textes de Plantard, et ai été sidéré par le 9e, page 33, Le disque.
On y "apprend" qu'à Saint-Sulpice une curieuse coutume était jadis associée au rituel pascal. Le Mercredi saint, un disque de cuivre au coeur du choeur était astiqué jusqu'à briller comme un miroir. Le lendemain, Jeudi saint, tous les vitraux de l'église étaient occultés pour l'office des Ténèbres, à l'exception d'un endroit correspondant à un petit trou dans un vitrail. A midi, tous les cierges étaient éteints, et un rayon de soleil tombait sur le disque, renvoyant une lumière bleue due à l'oxyde de cuivre qui s'y était formé.
On appelait ce rituel "faire midi pommes bleues". Il a été aboli à la Révolution, et le principal témoignage de ce jeu solaire serait le tableau de Delacroix, Héliodore chassé du Temple...
Fin de citation. S'il existe bien un trou dans un vitrail de Saint-Sulpice, et des disques de cuivre dans le choeur, associés au dispositif gnomonique, le reste est évidemment de la plus haute fantaisie, mais il demeure que Plantard a bel et bien associé ici le phénomène Pommes Bleues du 17 janvier à RLC au Jeudi saint à Saint-Sulpice, alors que je n'imaginais aucun lien de ce type en choisissant les dates essentielles de ma nouvelle.
On trouve sur le web et dans la littérature diverses théories autour de la transformation du 17 janvier, 17/1, en 171, parfois basées sur le fait que 171 est la somme des nombres de 1 à 18.
Il existe ainsi un Cercle du 17 Janvier, qui organise tous les 17 janvier une réunion à RLC, dont le logo est éloquent.
L'écho avec ma nouvelle, où le 17 janvier n'apparaît qu'en rappel ironique des élucubrations diverses autour de cette date qui n'y a pas d'importance propre, est que la section d'or de 171, arrondie au plus proche entier, est 106, ce qui y était d'ailleurs évoqué. Il s'y ajoute que le 16 avril est usuellement le 106e jour de l'année.
Si ce n'était pas le cas pour le Jeudi saint 1908, année bissextile où c'était donc le 107e jour, l'autre 16 avril, où j'avais fait naître mon abbé, était bien le 106e jour de cette année 1855.

Je n'ai pas immédiatement approfondi la question du 17 janvier 1888 parce que je ne pouvais en parler tant que la nouvelle n'était pas publiée, et lorsqu'elle l'a été d'autres coïncidences ont primé, abordées notamment ici :
  • découverte en pleine nature d'une pierre semblant taillée en un rectangle d'or, la veille du jour où j'apprenais la parution du recueil de nouvelles.
  • ce recueil est au format d'or, et ma nouvelle y a une position dorée privilégiée.
  • alors que mon "actualité éditoriale" était nulle depuis bien des mois, en l'espace de quelques jours mes textes figuraient dans trois livres ou revues, sous les numéros d'ordre 13, 21, 34, nombres de Fibonacci m'étant particulièrement significatifs.

En approfondissant la question pour écrire ce billet, je me suis avisé de quantité d'échos que voici pêle-mêle :
  • Ma fascination pour les jeux lupiniens autour des 106 ans de Rosencreutz est telle que, dès 1996, j'ai écrit diverses études sur la question, mises en ligne après remaniement en 2002, et surtout j'ai envisagé un roman sur ce thème, décrivant une série de 18 meurtres en 1908, avec pour point essentiel le 14e meurtre le Jeudi saint 16 avril.
    Les 18 assassinés portaient des noms anagrammes de NOVEL-ROMAN, le jeu découvert à partir du nom Elisabeth Lovendale, nom en 18 lettres de valeur 171, comme les 18 lettres de A à R. Le principal personnage de mon roman était le détective Honoré de Valmondada, en 18 lettres de valeur 171. Il enquêtait sur la succession Monlorné, nom de valeur 106, avec son secrétaire le narrateur Alban Lenoirc, de valeur 106, comme d'autres acolytes, Hortense B, Jean Baroukh, Louis Malac.
    Je n'avais alors aucun intérêt particulier pour le nombre d'or, et n'avais aucune idée que je développerais plus tard l'obsession de rechercher des rapports dorés tel 171/106.
  • Je ne m'intéressais guère alors à l'affaire RLC, bien que connaissant le livre de Patrick Ferté y reliant l'oeuvre de Maurice Leblanc. Le mot clé "midi" (comme celui des pommes bleues) y apparaissait cependant avec une des victimes, le compositeur Marvel Noon, que j'imaginais avoir été un précurseur du dodécaphonisme (à cause de noon = 12 heures); l'exemple de composition donné était basé sur les notes B-A-C-H, parce que j'avais déjà remarqué que les 65 ans de Bach additionnés aux 106 de Rosencreutz donnaient 171; son nom provenait du roman Mister Noon de DH Lawrence, où Noon est aussi un compositeur.
  • Le recueil Rêves de Razès contient la nouvelle L'église creuse, de Patrick Genevaux. Arsène Lupin y vient à Rennes-le-Château le 22 juillet 1908 pour s'approprier les trésors découverts par Saunière, soit l'année même où je plaçais mon dénouement. Ce n'est pas un bien grand hasard puisque c'est précisément le 16 avril 1908 dans L'aiguille creuse qui m'avait inspiré, mais il n'était pas obligatoire que l'auteur respecte la chronologie lupinienne, d'autant qu'il a vraisemblablement plutôt choisi cette date parce que Saunière passe pour avoir été ruiné après 1908.
  • J'ai eu la curiosité de poursuivre vers son origine la suite de Fibonacci calculée à partir des 19358 jours correspondant aux 53 ans de Bargère, ce serait le 13e terme d'une suite débutant par 46 et 106, ce qui signifie que tous les termes ultérieurs s'expriment par des multiples de ces nombres par des nombres de Fibonacci. Ainsi, au 13e rang :
    19358 = 144 x 106 + 89 x 46
  • Ma seconde anagramme, composée avant d'écrire la nouvelle, s'achevait sur une expression énigmatique, REP CUMPAS DCXXXVI. Je n'ai pas pris la peine de justifier ce nombre, 636, employé parce que c'est un multiple de 106 et qu'il utilise 3 X, la lettre la plus ennuyeuse à caser dans les anagrammes car il y en a 5 dans l'épitaphe originale. Or 16 avril-17 janvier, c'est pratiquement le même quantième du mois, ce qui signifie que le calcul en mois de 53 ans donne une section d'or proche d'un entier, et c'est bien ce qui se passe pour les 636 mois (12 fois 53) de mon abbé Bargère.
  • En enquêtant sur les dates de Pâques, je me suis avisé qu'aux 3 années essentielles de la chronologie rosicrucienne correspondaient une même date de Pâques, le 18 avril (et donc une même date pour le Jeudi saint). Ces dates sont donc 1378 et 1484, naissance et mort de Rosencreutz, exprimées dans le calendrier julien, et 1604, où Pâques était encore le 18 avril, mais selon le calendrier grégorien, la réforme du calendrier étant survenue en 1582 (dans les pays catholiques du moins).
  • Ceci m'a donné envie d'approfondir, pour découvrir que 106 est effectivement une période privilégiée après laquelle il y a près de 40% de chances de retrouver la même date de Pâques, pourvu que les années multiples de 4 soient toutes bissextiles (cas du calendrier julien).
  • J'ai bien sûr calculé la gématrie de Bérenger Saunière, soit 74-92. Si un rapport doré "normal", comme 171/106, est du type a/b, il m'arrive de considérer des rapports du type 2b/a, et ceci m'est arrivé, après coup, pour Maxim Dufrax = 60-74, émule d'Arsène Lupin dans mon roman, où il volait les 18 wagons transportant l'héritage Monlorné, puis restituait le wagon 14 ne contenant que des valeurs non négociables. J'avais forgé ce nom pour diverses raisons, la seule contrainte numérique étant d'arriver au total 134 d'Arsène Lupin, et m'étais émerveillé ensuite de cet équilibre doré, appartenant à une suite particulièrement intéressante. L'équilibre précédent dans la même suite serait 37-46, moitié de 74-92. Le suivant serait 97-120, étudié ici.
  • Bérenger Saunière est né le 11 avril 1852 (à midi paraît-il). Je suppose que j'avais dû regarder à quoi ça correspondait, mais je suis surpris d'apprendre, ou de réapprendre, que c'était un dimanche de Pâques.

Ce dernier point offre un étonnant écho avec ce que je prévoyais de mettre dans ce billet en commençant à l'écrire.
Rohmer est mort le 11 janvier dernier. Leil n'a pas passé l'hiver hasard m'a mené à une notice nécrologique, ce qui me fit découvrir qu'il n'était pas né le 4 avril 1920 comme on le voyait le plus souvent, soit un dimanche de Pâques, mais le 21 mars, 14 jours plus tôt.
Pourquoi croyait-on qu'il était né le 4 avril ? Il me semble que c'est lui qui a accrédité cette date, notamment en soulignant la sortie de son film Conte de printemps le jour de son 70e anniversaire, le 4 avril 1990. Ce ne peut guère être par coquetterie qu'on se rajeunisse de 2 semaines, aussi la date symbolique de Pâques constitue-t-elle un semblant de motif, en accord avec mes inquiétudes développées ici.
J'ai ensuite pensé que ces considérations seraient mieux à leur place sur mon autre blog, où le 4 avril est une date clé, et puis voici que je (re)découvre que Saunière est né un dimanche de Pâques, Saunière dont j'ai utilisé le personnage, déguisé par une anagramme, et déplacé la naissance pascale originelle.
Or le pseudo Eric Rohmer est, selon ses propres dires, une anagramme (sans préciser de quoi car son vrai nom Maurice Schérer n'y correspond guère), et il s'était lui-même attribué une naissance pascale.

J'invite à lire 4 avril - 17 janvier sur Quaternité, complémentaire de ce 17 janvier - 16 avril.